Viennent ensuite les nappes, et là, c’est tout un chapitre. Une nappe change une pièce plus sûrement qu’un nouveau meuble. L’hiver, j’aime les nappes qui racontent quelque chose de la saison sans la citer trop fort : un motif végétal brodé qui court au bord, un point qui évoque les petites baies rouges, une guirlande stylisée cousue en contraste, ou simplement un lin crème qui laisse respirer les assiettes. L’intérêt d’une nappe, au-delà du joli, c’est le son discret qu’elle ajoute à la table, ce froissement mat quand on pose un verre, ce silence moelleux quand on dépose une soupière. On dirait que tout devient plus attentif. On dîne mieux, plus lentement, on lève les yeux plus souvent. Les nappes brodées, notamment, ont ce pouvoir de donner une direction au repas : on se sent invité, attendu. Et si on a un peu peur de la tache, il suffit d’accepter qu’une nappe vive. On la lave, on la repasse mal, on la tend à la va-vite : elle n’en est que plus vraie. Et puis la broderie supporte bien les années, elle vieillit avec la maison, elle attrape les histoires.
Côté salon, ce sont les coussins qui tiennent la barre. Franchement, l’hiver sans coussins, c’est comme une forêt sans mousse : on peut s’y promener, mais on n’a pas envie de s’y asseoir. J’aime en poser quelques-uns sur le canapé, pas trop, trois ou quatre, et un ou deux sur les fauteuils, avec un plaid qui se contente d’être là, au cas où. Les coussins brodés n’ont pas besoin d’une palette compliquée. Un fond clair, un motif net, une couleur qui répond à la guirlande du sapin ou aux bougies de la table, et c’est gagné. On peut jouer la répétition, avec plusieurs coussins proches, ou au contraire le mélange, avec une pièce très travaillée au milieu de deux modèles plus sages. Le coussin, c’est aussi le premier geste d’accueil. On le prend, on l’offre, on le cale derrière le dos de quelqu’un, et tout de suite la conversation s’installe autrement, plus durablement.
Si je devais composer la pièce d’hiver en quelques gestes, je commencerais par le sapin. Pas besoin de le surcharger : rouge, doré, vert, et des textures qui varient, c’est largement suffisant. Les boules brillantes et les surfaces mates se répondent, les rubans brodés ajoutent un clin d’œil artisanal, les guirlandes lumineuses cousent tout cela ensemble. Ensuite, je me tournerais vers la table. Une nappe brodée qui pose le décor, un centre très simple, composé de branches et d’une fine guirlande, quelques bougies basses pour éviter l’éblouissement, et des verres qui prennent la lumière. Enfin, je reviendrais au salon, pour vérifier que les coussins attirent vraiment l’œil et le corps : s’ils donnent envie de s’asseoir, de feuilleter un livre ou d’enfiler des chaussons, c’est qu’on est sur la bonne voie.
Ce que j’aime surtout dans cette façon de faire, c’est la possibilité d’aller doucement. On peut ajouter une guirlande un soir, puis une nappe le week-end suivant, puis un coussin coup de cœur. On apprend à écouter la pièce. Parfois elle réclame un peu plus de blanc pour laisser respirer, parfois au contraire un rouge franc pour ranimer une zone qui se fait oublier. L’important, c’est de ne pas lutter contre ce que la maison nous dit déjà : certaines pièces sont faites pour les matières rustiques, d’autres se sentent mieux avec des tissus plus fins. L’hiver n’oblige à rien, il propose une autre cadence.
Il y a aussi le plaisir des petites habitudes. Sortir la même nappe brodée le soir du premier pot-au-feu, retrouver la guirlande qui a décoré la rambarde l’année où la neige est tombée le 24, recoudre un coussin abîmé pendant un après-midi tranquille… Ces objets deviennent des compagnons. Ils ne sont pas là pour faire un décor de magazine, mais pour tenir compagnie pendant les longues soirées. Ils supportent très bien d’être imparfaits. Une broderie un peu de travers, un fil qu’on a raté, un ourlet qu’on voit trop, ce sont des petites signatures. Dans quelques années, on y retrouvera le geste de la personne qui l’a fait.
On peut très bien créer un coin hiver même sans grand espace : une guirlande sur une étagère, une nappe pliée en chemin de table, un coussin sur une chaise près de la fenêtre. La guirlande crée la lumière, la nappe pose le cadre, le coussin invite. Quand ces trois messages sont là, on n’a pas besoin d’ajouter grand-chose. Et le plus beau, c’est que tout cela dure : on replie, on répare, on réutilise autrement l’année suivante. On allume la guirlande, on lisse la nappe, on tape le coussin pour qu’il reprenne sa forme, on se sert quelque chose de chaud, et l’hiver peut bien s’installer ; il sera le bienvenu.